LES ABUS SPIRITUELS
CONSOLIDER SES LIMITES : LES CHEMINS DE GUERISON
Jacques Poujol
Les abus spirituels
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Par Pascal Zivi et Jacques Poujol
Introduction
En ce qui concerne les abus spirituels, il faut éviter un grand piège, celui de tomber dans la violence des soins. Il arrive pourtant souvent que les soins de la violence deviennent une violence des soins : pour aider quelqu'un à sortir de l'abus, on va le pousser un peu par derrière ! « Comment, tu restes dans cette histoire-là ? Tu n'as pas compris qu'on n'en veut qu'à ton porte-monnaie ? »
Et on devient soi-même un peu violent pour aider l'autre. Or, celui qui a été abusé s'attend à ce qu'on soit violent avec lui, puisque c'est la seule relation qu'il connaît. Si on veut aider une personne abusée, il faudra commencer par avoir beaucoup de patience. Ce sera long, cela peut même prendre des années.
I.- L'APPÂT DE L'ABUS SPIRITUEL
Comment se fait-il que des gens se fassent piéger et se laissent abuser ?
C'est une question d'offre et de demande. Si on se fait piéger, c'est parce qu'au départ on a une attente, et que l'Eglise y répond selon le schéma ci-dessous :
FAIBLESSES DE LA PROIE à PIEGES
BESOIN D'APPROBATION à POUVOIR SECURISANT
BESOIN DE STRUCTURES PROTECTRICES à BLANC/NOIR
BESOINS AFFECTIFS à RELATION FUSIONNELLE
TENDANCE AU PERFECTIONNISME à LÉGALISME MORT A SOI
MAUVAISE IMAGE DE SOI àHUMILIATION COMME VERTU
COMPLEXE D'INFERIORITÉ à SOUMISSION
PEUR DE L'ABANDON à FUSION, DÉPENDANCE
SENTIMENT DE FRUSTRATION à DÉSIR DE PUISSANCE
DÉSIR DE PUISSANCE à POUVOIR
Besoin d'approbation : dans l'église, on va proposer une autorité à quelqu'un qui a besoin d'approbation parce qu'il a manqué de père dans sa vie: dès lors, par transfert, il va tomber dans le panneau.
Besoin affectif : j'ai besoin de nourriture affective, parce que j'en ai manqué dans mon enfance. Eh ! bien, on te propose une relation fusionnelle ! Nous sommes « un » dans l'Esprit et dans la foi !
Peur d'abandon chez ceux qui ont manqué de mère : tu viens quand tu veux, tous les jours, trois fois par jour même, pour balayer, ranger les chaises dans l'église… Des gens comme cela, il faut les exploiter !
A celui qui éprouve un sentiment de frustration : on va te nommer à un poste où tu pourras être un petit chef ! C'est une solution formidable pour ta pathologie !
De cette façon, on canonise une mauvaise image de soi. Tu n'es pas timide, tu es humble ! Vertu de l'humiliation. Tu souffres d'un complexe d'infériorité ? L'église va t'offrir la soumission. L'offre et la demande vont se rejoindre.
II.- COMMENT SE SORTIR DE L'ABUS SPIRITUEL ?
Le schéma ci-dessous explique le mécanisme qui va aboutir, après beaucoup d'attente, à une sortie de l'abus :
APPÂT SÉCURISANT
RETOUR À L'ANCIEN ACTES ABUSIFS
SYSTÈME
RESURGENCE
SÉCURISANTE
CONFLIT INTÉRIEUR DE
LA VICTIME
TROUBLE PERSONNEL
SORTIE POSSIBLE
Ce schéma est plus compliqué que le précédent et je l'expliquerai en quelques mots. Aider quelqu'un, c'est l'aider non pas au niveau émotionnel seulement, mais surtout au niveau cognitif, c'est-à-dire au niveau de ses croyances et de la construction de sa pensée. Pour « sortir » de ce milieu abusif, il faut qu'il comprenne ce qui s'est passé. Et si nous voulons l'aider, il nous faut comprendre comment cela fonctionne.
1ère étape
C'est l'appât sécurisant : dans un premier temps, l'église répond au besoin de la personne, au besoin de sécurité, de relation fusionnelle. Et c'est vrai qu'au début, on répond effectivement à ce besoin. Seulement cette pathologie, on ne cherche pas à la guérir, mais à la nourrir.
2ème étape
Elle survient très vite, et c'est le climat abusif : à petites doses, la personne va être prise dans un schéma abusif, par un discours, un enseignement, une obéissance, un fonctionnement abusif. La personne ne s'en rend pas compte, tellement elle est prise par la souffrance que produit son problème. Elle croit à une guérison, mais ce n'est qu'une pseudo guérison.
Ce climat abusif, on peut le résumer par une phrase : pas assez.
Tu n'es pas assez consacré, tu n'as pas assez donné, tu n'as pas assez pardonné… et quand la personne, après avoir tenté d'en faire « plus » et d'avoir surmonté ses difficultés, se retrouve avec son problème du début, on lui dit encore : pas assez ! Ton problème demeure, parce que tu n'as pas assez pardonné, tu n'es pas assez présent, pas assez consacré, tu n'as pas assez témoigné, et ainsi de suite.
3ème étape
Le conflit : au bout d'un certain temps, des mois, voire même des années de climat abusif, la personne vit un conflit interne. Si vous voulez faire cuire une grenouille et que vous la plongez dans de l'eau bouillante, elle réagit tout de suite et saute hors de la casserole. Mais mettez-la dans de l'eau froide et chauffez l'eau très progressivement : la grenouille ne sent pas que l'eau chauffe et qu'elle est en train de se faire cuire. De même, la personne abusée ne se rend pas compte qu'elle en train de cuire, comme la grenouille !
Mais il y a quelque chose d'indestructible en nous, c'est le désir de vie. Ou alors c'est le suicide. A un moment donné, et c'est là le point important, la personne vit un conflit interne. Un conflit entre d'une part son désir de vivre, c'est-à-dire d'exprimer ses dons, ses capacités, ce qu'elle est au plus profond d'elle-même, et d'autre part l'obéissance qu'on lui demande dans ce groupe sectaire. Elle vit une contradiction intérieure : elle sent très bien qu'elle ne peut pas vivre, et en même temps renoncer à elle-même. Dans ce conflit entre son désir de vie, qu'on ne peut pas éteindre, et son renoncement à soi, la victime va se rendre compte qu'elle est en train de mourir à petit feu. C'est alors qu'elle développe un trouble personnel qu'elle va manifester et exprimer dans le groupe.
4ème étape
La « résurgence » sécurisante : le groupe va entendre sa plainte, l'accréditer, et va donner un nouvel espoir de changement à la victime. « Les responsables ont compris », entendons-nous. Qu'a-t-on compris ? On change les chaises de place, on repeint la façade, on change de cantiques, etc., on donne une pseudo-réponse, une « réformette », ou une explication. On fait croire à la personne qu'on a entendu son message et que, maintenant, cela va changer. Et comme la victime est dans l'espoir d'un changement, elle se réengage. Que se passe-t-il quand elle s'est réengagée ? C'est le retour à l'ancien système.
« Tu vas participer au conseil des anciens »… mais cette « résurgence » est un gros piège. La victime est pleine d'espoir de changement, mais en fait, on revient au système de départ et on recommence. La personne devra faire encore plusieurs tours avant de parvenir à sortir du système.
5ème étape
C'est quand la personne est dans la phase du trouble personnel qu'une sortie du système abusif est possible. C'est là qu'il faut avoir la patience d'attendre quand on s'occupe d'une personne qui vit l'abus spirituel.
III.- LA STRUCTURATION PSYCHOLOGIQUE DE LA VICTIME
Ce qui caractérise la situation des victimes d'abus spirituel, c'est que la violence s'est mise en place progressivement et avec l'accord de la victime.
1.- Elle est entrée volontairement dans le piège. Elle va devoir gérer une ambivalence entre ce qui est bon et ce qui est mauvais dans l'église. Mais comme elle est dans un schéma blanc ou noir, il lui est difficile de faire la part des choses.
2.- Elle n'a pas conscience, dans un premier temps, d'être abusée. Elle ne croit pas à l'abus. Pour peu qu'elle ait vécu la résurgence sécurisante, elle croit que les choses vont changer.
Mais un système ne change jamais. Par contre, on peut changer de système. Celui qui croit que le système va changer parce qu'on change les pions de place, est en train de faire encore quelques tours dans le cercle et reste fixé au point de résurgence. Soyons patients avec ceux qui en sont à ce stade et pleins d'amour ; ne leur fermons pas la porte.
Jésus utilise les mêmes schémas avec les gens abusés de son époque. Il est patient, il attend. Quant à nous, il nous faut attendre les gens à la sortie, tranquillement... en priant pour eux.
On peut améliorer un système, mais on ne le change pas. On peut changer d'uniforme dans une armée, et même de généraux, cela ne change rien au système.
4.- Les gens abusés sont incapables de faire le tri entre ce qu'ils reçoivent de bon et de moins bon du groupe. Ils ont une perte d'estime d'eux-mêmes, une anxiété de la rupture, une pression de leurs amis dans le groupe. Ils savent très bien que s'ils quittent le groupe, ils perdront leurs amis, on ne les saluera plus. Ils le savent pour l'avoir vu – cela fait penser au Parti Communiste.
Ils imaginent les conséquences de leur départ : pour leurs enfants d'abord, qui vont perdre leurs amis. Eux-mêmes aussi se trouveront séparés de leur entourage et de l'église qui les a accueillis.
5.- Il y a une méconnaissance des appuis sur lesquels ils pourraient se fonder pour changer.
IV.- LES CONSÉQUENCES CHEZ LES VICTIMES
Il y a des conséquences psychologiques et spirituelles : une mauvaise image de soi, une mauvaise image de Dieu. Les chrétiens abusés doutent que Dieu est leur avocat. Il est devenu leur accusateur. Si cela, ce n'est pas pervers… Dieu est devenu l'accusateur des frères !
Il entre dans des « trucs » pour faire bouger Dieu : le jeûne prolongé, par exemple, ressemble à une sorte de grève de la faim. Le chemin sera long pour trouver la sortie, parce qu'on ne se place pas dans le registre du « truc », mais de la construction cognitive.
Il y a confusion entre Dieu et l'église, entre ce que dit la Bible et ce que dit l'église, il y a une difficulté énorme à poser des limites, à dire « non ! », parce que la victime se culpabilise de devoir s'opposer aux autres.
V.- COMMENT EN SORTIR ?
Comprendre est très important. La personne doit arriver à ce point de non retour où elle sera en mesure de dire : j'ai été victime d'un abus spirituel et ce n'est pas de ma faute. Je suis 100% innocente dans cette histoire. Ce n'est pas parce que j'ai besoin d'affection, d'amour ou de sécurité, que cela donne le droit à quiconque de profiter de ma faiblesse pour me piéger.
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Commentaires
le 10/04/2007 à 13:33:56pas eu le temsp de lire il semble sagir dun psychiatre qui parle mais le texte n est pas toujours visile et enctrecoupé a certains endroits
Dommage car on ne peut pa sse faire une opinion objective
A revoir
Jacques